La joie du 17 juin, quand tout le monde se saluait, se souriait, échangeait sur des sujets de fond concernant le développement de l’entreprise (le numérique, les publics de Bayard…) a laissé place à une étrange morosité, une sorte de fin du courage. La communication n’est plus que messes basses, soupirs, plaintes plus ou moins claires… Chacun se recroqueville sur son poste, dans son service, comme si cette journée n’avait jamais eu lieu. « Ma vie est ailleurs, entend-on quotidiennement, puisque l’on ne me donne pas les moyens d’assumer en plein mon engagement professionnel… »

Il faut dire que presque partout les salariés vivent dans des conditions de travail qui leur ont fait franchir le mur du son, celui qui sépare l’harmonie des productions sérieuses du vacarme de la surproductivité hystérique. Presque partout le même refrain : « Je n’ai pas le temps ; je suis débordé(e) ; je ne vois pas le jour ; on va vers le plantage ; ça n’a aucun sens ; on ne discute plus de rien (avec ma ou mon chef)… » Le sentiment général est celui d’un renoncement brutal à la qualité du travail et donc à celle des productions.

Plus vif encore, le soupçon de l’incompétence parfois arrogante de l’encadrement dit « supérieur » taraude de nombreux esprits, d’autant que l’attitude de certains de ses éléments, lors de la fin de la négociation sur l’augmentation collective des salaires, a scandalisé à juste titre les délégués syndicaux et la plupart des salariés que nous représentons. Qui ne connaît, à Bayard, ces dirigeants – jamais assez bien payés, mais affichant volontiers leurs convictions « de gauche » - qui ont protesté (jobarderie ou mauvaise foi ?) contre un niveau simplement décent d’augmentation collective égalitaire parce que celle-ci serait concurrente d’augmentations individuelles discrétionnaires ?

Incompétence : parce que, malgré l’autosatisfaction affichée lors de la présentation des résultats 2010-2011 (du 1er juillet au 30 juin), où il fut question de « gains de parts de marché » ( ?), le chiffre d’affaires de l’entreprise a enregistré un repli de 2,2% à périmètre constant. Certes, le résultat net du groupe s’est élevé jusqu’à 21 millions d’euros, mais il intègre la très substantielle plus-value de cession de la Sofédis… Il n’est pas besoin d’être grand sorcier pour voir que certaines directions de nos différentes activités ne sont plus dans le coup, par confort, et qu’elles donnent de moins en moins l’exemple du courage et de la responsabilité. Les chutes conjointes du chiffre d’affaires et des effectifs de l’entreprise sont les seuls vrais témoins de ce que nous jugeons être une déroute de divers « managers ».

Ambiance banale, par les temps actuels, mais qui n’exonère personne de la lutte pour la solidarité. Au « déshonneur des élites », il est clair que s’articule encore, pour l’instant, la servitude volontaire des « subordonnés ». Un dixième seulement des salariés de Bayard sont syndiqués ou manifestent de façon constante leur souci vis-à-vis de leurs collègues. Il paraît que beaucoup d’autres ont vibré à la lecture du Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Iront-ils jusqu’à s’indigner en acte, plutôt qu’en impuissance, jusqu’à s’« engager » (comme les y incite encore Stéphane Hessel) ?

Quatre syndicats sont représentés à Bayard Presse, ce qui vous offre tout de même un beau choix. Leur efficacité dans la défense de nos droits dépend de votre soutien et de vos adhésions. Prenez vos responsabilités, c’est le moment ou jamais. En tout cas, ne nous dites plus « Vous, les syndicats… » ; seul, le petit courage du « nous » sera désormais audible. Quant à la plainte…

Myriam Beaudet et Antoine Peillon, avec toute la section CGT de Bayard Presse

Adhésion Info’Com-CGT vous invite aujourd’hui à prendre votre place dans l'action syndicale, à vous investir, car le syndicat ce n'est pas « les autres », qu'ils soient responsables ou délégués, élus ou mandatés. La vraie force de toute la CGT , c'est l'action conjuguée et cohérente de ses 800 000 adhérents pour améliorer la situation de toutes et tous. « Solidarité ! » est notre mot d’ordre, aujourd’hui plus que jamais. Adhérer à Info’Com-CGT, c’est faire le choix de faire vivre la démocratie. Notre organisation décide de ses orientations avec les syndiqués et leurs représentants. En effet, être adhérent, c’est se donner le droit de donner son opinion, de débattre et de participer à la prise de décision, voire de s'impliquer plus dans la vie syndicale, d’y exercer des responsabilités si on le souhaite. C’est participer fortement aux négociations nécessaires avec les dirigeants de nos entreprises. Pour nous, être syndicaliste, être donc dans l’engagement collectif, ce n’est pas pour autant dissoudre sa personne, chaque individu, dans la masse. Pour nous, le combat social trouve sa première source dans l’aspiration tenace, héritée de nos parents, à la liberté, à la justice et au bien-être. Nos valeurs fondamentales sont les idéaux de la République et de la démocratie : liberté, égalité, mais aussi tolérance, justice, laïcité et, nous l’avons déjà affirmé, solidarité ! Il n’y a pas les syndicalistes d’un côté et les salariés de l’autre. Il y a les salariés dans et avec les syndicats. Que vous soyez employé, ouvrier, agent de maîtrise, cadre ou journaliste, aujourd’hui, nous vous invitons à nous rejoindre en adhérant à Info’Com-CGT, afin d’améliorer le rapport de force en faveur de vos intérêts matériels et moraux. C’est une nécessité.

Pour adhérer, prenez contact avec nos délégués syndicaux, Myriam Beaudet (69 36) ou Antoine Peillon (69 84).