18 juin ! Quelle date ! Voici une mobilisation de l’entreprise et de tous ses salariés qui sonne comme un Appel… Date symbolique, s’il en est une ! Et symbolique, par excellence, de la Liberté. Car le 18 juin 1940, l’Appel du général de Gaulle, lancé sur les ondes de la BBC, fut l’acte fondateurs des Forces françaises libres. Il fut aussi la première occasion d’utiliser le mot « résistance » dans le sens qui est depuis souvent le sien, c’est-à-dire « Résistance », avec un R majuscule.

Le 18 juin, son Appel à la Liberté, voire à la Résistance, est une pierre d’angle de notre culture commune, de notre enracinement dans la République, de notre sens de la dignité humaine. En un mot : ce symbole, dans notre société, est de l’ordre du sacré. En tout cas, il l’est pour la CGT, depuis la Résistance et la Libération !

Le souci, avec des symboles d’une telle dimension, c’est qu’ils nous placent immanquablement à un niveau d’exigence extrême quant aux valeurs qu’ils représentent. Le risque majeur, en conséquence, c’est que le moindre arrangement avec ces valeurs, voire la moindre contradiction, suscitent aussitôt un sentiment de profanation.

Donc, à propos de la « journée du Projet » Bayard, en date du 18 juin, le risque est bien de heurter gravement ce que chaque personne estime être, en général, la première de ses valeurs, de nos valeurs communes : la Liberté !

En effet, il nous paraît paradoxal d’appeler tous les salariés de Bayard à une « participation individuelle » à la journée du 18 juin, en précisant aussitôt que cette participation « s’impose ». Il est tout aussi paradoxal d’invoquer un « mode coopératif » de contribution, et même un « aspect convivial » pour cet « événement positif et mobilisateur », en précisant que « les journées ARTT planifiées pour ce jour-là (…) seront reportées » et même qu’« il ne sera pas possible de poser une demande individuelle de journée ARTT »…

Curieuse conception de la « coopération », de la « participation » et, tout simplement, de la Liberté ; conception qui ne peut manquer de se heurter frontalement à la nôtre.

Aussi, au nom de notre propre lecture du symbole du 18 juin, la CGT appelle tous les salariés de l’entreprise à exercer fermement leur droit fondamental à la Liberté. Qu’ils prennent librement leur temps d’ARTT, si cela était déjà prévu et s’ils ne souhaitent pas modifier, personnellement, cette disposition. Qu’ils exercent librement leur métier et continuent leur « production » (c’est le terme de la direction), si c’est leur volonté, puisque celle-ci est parfaitement conforme à leur contrat de travail, surtout dans le cadre d’un jour qui n’est pas déclaré « chômé ». Ou qu’ils participent librement à la « journée du Projet », à ses ateliers, conférences et démonstrations, si telle est leur volonté, voire tel leur bon plaisir !