TEXTE INTEGRAL DE L'ACCORD : Accord pluri-média Bayard Presse

Dans une époque où la numérisation à tout va des contenus rime presque toujours avec la destruction de toutes les règles sociales, l’accord pluri-média de Bayard Presse instituera très fermement : - l’exclusivité de l’élaboration et de la validation des contenus éditoriaux par les seuls journalistes professionnels ; - l’adéquation totale des qualifications professionnelles des salariés travaillant pour l’internet avec celles de ceux travaillant pour le papier (« print ») ; - le respect, au plus haut niveau juridique (accord Bayard du 16 mars 2001) des droits d’auteur des journalistes ; - le volontariat véritable des journalistes et des autres salariés pour leur « contribution multimédia » ; - le respect intégral des charges et temps de travail contractuels ; - les moyens importants, et proportionnés aux besoins, de formation aux nouvelles techniques de publication ; - la mise en œuvre des possibilités d’évolution professionnelle et de formation multimédia pour de nombreuses catégories professionnelles, autres que celle des journalistes : prépresse de La Croix, assistantes de rédaction, publicité et promotion, documentation, informaticiens et, nous le demandons in fine, révision (à La Croix, sous statut de journaliste)…

En avril denier, la section Info’Com-CGT de Bayard Presse avait fait de la mutation négociée du groupe « de presse » vers un groupe « multi-média » un des points forts de son information syndicale, dans le cadre des élections professionnelles. Nous affirmions ainsi : « La formation est vitale dans la carrière d’un salarié. Elle lui permet de parfaire ses connaissances, d’évoluer vers d’autres fonctions et de suivre les mutations technologiques. C’est particulièrement vrai dans notre secteur d’activité où l’informatisation et le numérique prennent de plus en plus d’importance. Nous considérons qu’il faut aider les salariés à suivre ces évolutions à travers la formation et la validation de l’expérience dans l’entreprise. Cela amène également à faire évoluer certaines qualifications, pour élargir les compétences. (…) Nous veillerons à inciter la direction à investir davantage dans la formation, afin de prendre, dans les meilleurs conditions, le « virage » du pluri-média des rédactions ; analyser le développement des compétences nécessaires à l’avenir et accompagner la prise de poste dans le cadre des éventuelles réorganisations ; inciter les salariés à utiliser les heures du droit individuel à la formation (DIF) avant épuisement ; permettre à tout collègue qui le souhaite de pouvoir évoluer vers de nouvelles fonctions, vers un nouveau métier, sans interdit professionnel et avec une formation adéquate ; promouvoir une autre conception de la hiérarchie et du management… » N. B. : Avec une progression globale de plus de 4% (exprimés), la CGT est devenue, en avril 2009, la deuxième organisation syndicale, en termes d’audience, à Bayard Presse… Car c’est bien dans l’esprit de cette profession de foi, lui-même inspiré par celui de l’accord GPEC du groupe Bayard (signé début 2008 ; cf. « 7 JOURS Filpac-CGT » n° 5, daté du 21 décembre 2007), que les délégués Info’Com-CGT ont négocié le nouvel accord multi-média. Pour mémoire, le préambule de l’accord GPEC du groupe Bayard proclamait : « La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est un élément clé de la gestion des ressources humaines. (…) Le groupe Bayard comme tous les éditeurs de presse est entré dans une phase de changements rapides et majeurs qui remettent en cause les modèles économiques traditionnels. (…) Des modifications impulsées par des évolutions commerciales, technologiques et éditoriales touchent à des degrés divers toutes nos activités. Faire face au futur et consolider l’emploi impliquent de nécessaires adaptations à moyen-terme, liées à ces évolutions de fond… » La négociation et la signature d’un bon accord multi-média à Bayard Presse, déclinaison logique d’un bon accord GPEC, démontre qu’il n’est pas vain, syndicalement, de faire preuve de vigilance et de persévérance. Car le succès électoral a manifestement validé cette démarche des délégués Info’Com-CGT.

Extraits de l’accord, qui valent mieux qu’un long discours :

Principes : « Dans un contexte de mutation des technologies de la communication, conscients de la nécessité d’accompagner un développement devenu indispensable, la Direction de l’Entreprise et les Partenaires Sociaux ont voulu fixer les règles concernant l’organisation du travail, la mise en œuvre, les moyens, la formation et les conditions du travail qui y sont associés. »

« Concernant les journalistes :

a / L’élaboration et la validation des contenus éditoriaux sont et resteront la tâche exclusive du journaliste professionnel. b / La définition de la mission – dans sa qualification journalistique – ne saurait dépendre de la nature du support sur lequel elle s’exerce. L’appel au volontariat permet aux journalistes, déjà en contrat au jour de la signature de l’accord, de formaliser cette évolution dans leur contrat de travail. Le but de cet accord est d’amener le plus grand nombre de salariés possible à mettre en œuvre ces nouvelles techniques. Les intérêts des salariés et de l’Entreprise sont communs : développer les compétences en phase avec l’évolution des métiers et des techniques et répondre aux attentes des publics. L’évolution des compétences des salariés concernés fera l’objet d’un point particulier dans le cadre de l’application en cours de l’accord GPEC du groupe Bayard, en date du 26 mars 2008. »

Volontariat véritable, respect intégral du statut, des qualifications et de la déontologie des journalistes : « L’organisation du travail au sein d’une rédaction doit permettre à chaque journaliste de proposer une contribution multimédia et, si sa rédaction en chef a validé sa demande, de disposer du temps et des moyens lui permettant de la mettre en œuvre. Les papiers mis en ligne sur un site web doivent auparavant avoir fait l’objet d’une relecture et d’un travail d’édition, faite par un tiers, journaliste professionnel, prioritairement Secrétaire de Rédaction (SR), avec la participation du Réviseur pour le quotidien, appartenant à la rédaction. Les papiers sont signés par les journalistes professionnels qui les ont écrits, sauf refus express de leur part. Le respect de la ligne éditoriale est confié à un rédacteur en chef, qui peut en déléguer l’application quotidienne à un autre journaliste professionnel. Lorsque, sur un site, l’article d’un journaliste fait l’objet de réaction ou commentaire d’un internaute, ces contributions ne seront mises en ligne (tout comme le courrier des lecteurs d’un titre papier) qu’après information du salarié concerné et validation par la rédaction en chef. Les même règles de déontologie seront appliquées au titre papier et au site web qui lui est associé. »

Maîtrise du temps de travail : « La collaboration d’un journaliste « papier » à un site web doit se situer dans le cadre du temps de travail contractuel du journaliste. »

Il n’y en a pas que pour les journalistes… ! : « Collaboration multimedia des salariés non journalistes. Les métiers concernés, en étroite relation avec les rédactions, sont à ce jour, les suivants : a / Le prépresse du Quotidien L’équipe du prépresse du Quotidien participe déjà à certaines opérations techniques au profit du site la-croix.com et propose d’optimiser cette participation. En conséquence, une réflexion partagée va s’engager, avec la hiérarchie et la DRH, pour déterminer les missions nouvelles et les formations qui y sont nécessairement associées. b/ Les assistant(e)s de rédaction Les assistant(e)s de rédaction, et plus particulièrement celles (ceux) qui travaillent sur le courrier des lecteurs, doivent bénéficier des formations permettant le traitement du courrier des lecteurs qui parvient à la rédaction sous forme électronique. Une formation appropriée d’initiation à la culture multimédia devra avoir été dispensée en priorité à celles ( ceux ) des assistant(e)s qui auront pour mission la gestion administrative de nouvelles activités communautaires générées par le web, puis à celles (ceux) qui en font la demande. c / Les métiers relevant de la publicité, de la promotion et de la communication des titres Les professionnels qui, au sein de l’entreprise, commercialisent les espaces publicitaires de nos journaux et magazines, sont formés au fonctionnement et aux conditions d’une insertion publicitaire sur un média numérique. Les professionnels qui, au sein de l’entreprise, assurent la promotion des ventes et la notoriété voient leur missions s’enrichir, à l’occasion du travail sur le web, dans la réalisation de nouvelles opérations dont ils souhaitent assurer la maîtrise : la formation devra leur permettre d’y parvenir. d/ Les documentalistes L’importance croissante de l’Internet a, sur l’activité des documentalistes, un impact important sur les modalités de recherche et le contenu de leur mission ( référencement, archivage, banque de données ). Ils pourront également être amenés à collaborer à l’enrichissement de certains sites. De plus, certains journalistes font eux-mêmes des recherches. Ces recherches ne modifient pas les missions de l’équipe de la documentation, qui continue de réaliser pour les journalistes, des dossiers et de mettre à leur disposition les éléments documentaires dont ils ont besoin. Les formations permettant aux documentalistes de réaliser cette évolution leur sont et leur seront proposées. e/ Les informaticiens Une formation appropriée doit leur permettre d’accroître leur participation à la conception et à la mise en œuvre technique de supports multimédias éditoriaux ou commerciaux. »

Formation : « La formation est un enjeu majeur de cette évolution. L’employeur s’engage à développer les compétences des salariés, permettant ainsi le développement éditorial des titres sur les nouveaux médias. a/ Entretien personnalisé Chaque salarié concerné bénéficiera d’un entretien, permettant d’évaluer ses besoins, pour déterminer la formation la plus adaptée, en fonction des contributions prévues avec la rédaction en chef. Cet entretien avec le salarié, sera mené par le responsable hiérarchique, en présence de la Direction des Ressources Humaines. b/ Proposition La formation nécessaire lui sera dispensée et la mise en œuvre des savoir-faire acquis sera rendue possible dès le retour de formation, notamment grâce à l’aménagement technique de son poste de travail et la mise à disposition du matériel adéquat. c/ Généralités Les formations des Journalistes s’effectueront, dès 2009, selon trois niveaux : · Une initiation à la culture multimédia, à tous les journalistes de l’Entreprise · Un perfectionnement au niveau de l’écriture, du graphisme et de l’éditing · Une initiation puis un perfectionnement aux techniques complémentaires spécifiques ( prise de vue, interview vidéo, montage, audio, Flash, 3D, images animées...) selon des durées présentées en commission Formation du comité d’entreprise. Le plan de formation multimédia des salariés non journalistes sera défini par le Responsable Formation de l’Entreprise et les hiérarchiques concernés et présenté à la Commission formation du Comité d’Entreprise. »

Accompagnement : « Si un salarié éprouve des difficultés lors de la mise en œuvre d’une formation, il pourra demander, par le biais d’un nouvel entretien, à compléter par un module nouveau la formation acquise. Ces difficultés ne sauraient donner lieu à sanction. »