Elles sont arrivées, les conclusions des soi-disant Etats généraux de la presse écrite. Un brouillon – le "Livre vert" – prépare le verdict final que le chef de l’Etat rendra. Plus tard. Le sort de la presse d’information est censé dépendre du seul Président. Il parlera. Fin janvier.
Par delà les Etats généraux, leur coordonnateur, Bernard Spitz (*), a rédigé un véritable réquisitoire. Il y va bien plus fort que les groupes de travail. Pourquoi ? Pour Spitz, la presse est sommée de déménager rue de la Banque. Et il fait froid, dans cette rue-là. Le maître mot de Spitz ? La presse écrite doit être rentable. Elle n’a besoin de moyens que pour rompre, de façon "irréversible", avec le système de la Libération, celui des "aides". Ce qui est solidaire, coopératif, doit disparaître dans des soldes monstres. Pour faire place au calcul de la rentabilité. Ce serait le seul kit de survie de la presse.
Des moyens nouveaux ? Négatif, dit Spitz, mutualisez ceux qui existent. Economisez sur l’emploi. Mais, objecterez-vous avec nous, la presse écrite fait partie du patrimoine sacré de la démocratie ! Spitz rétorque que c’est le marché qui assure cette fonction-là. Le marketing est l’alpha, le compte d’exploitation l’oméga. Wall Street fera le reste. Avec le succès qu’on connaît. Krach !
Le territoire de Spitz est celui de la mondialisation. Au compte de quelques groupes dominants. Son seul dogme, "gagnez de l’argent". Mais ceux qui n’ont pas accès au Kapital ? Au diable. Spitz retire le tapis des aides sous les pieds des titres. Seuls les riches survivront. La liberté d’opinion, le pluralisme, n’ont pas la cote au déballage du marché.
Bernard Spitz en appelle au président : « Fermez le robinet des aides ». Qu’importe si l’ablation totale des organes coopératifs et solidaires mutile la démocratie et le droit à l’information. Un nouveau modèle, un projet alternatif ? Non, Spitz n’est là que pour fermer le bal. Et si nous lui disions ensemble que la presse, ça ne se danse pas comme ça ?

(*) Président de la Fédération française des sociétés d’assurances. Diplômé de l’ENA, maître des requêtes au Conseil d’Etat, jusqu’en 2004 directeur de la stratégie de Vivendi UniversaI, avant de fonder BSConseil, sa société de conseil en stratégie et en communication. Ancien conseiller du Premier ministre Michel Rocard, ancien journaliste au Monde et directeur à la direction générale de Canal+, auteur de nombreux articles et ouvrages sur le secteur de la communication. Président des Gracques, association lancée par des hauts fonctionnaires en faveur d’une modernisation de la gauche…

Le 4 pages complet : Edition spéciale n° 4