Jacky, mon très cher Jacky,

Cela fait presque dix ans que je te connais. Dix ans ! Une décade, non pas de décadence, enfin ça dépend où, mais bien, pour nous, de renaissance. Quand je dis pour nous, je parle très clairement de notre section CGT à Bayard, une section sans peur et sans reproche.

Certes, la chevalerie, l’épée dans une main et le Code du Travail dans l’autre, cela nous convient éventuellement très bien. Si nécessaire. Mais nous autres, toi-même, moi et tes camarades, nous préférons tout de même manier les outils plutôt que les armes.

Je vais revenir dans un instant sur les beaux outils de Jacky…

Jacky ! Un temps, j’ai cru que tu ne t’appelais que « Jacky ». Un nom sympa, un nom de copain, un nom comme un clin d’œil (je n’ai pas dit une œillade…). Un nom qu’un enfant peut donner à son doudou ; surtout si c’est une fille.

Ah, les filles ! C’est ici que j’en reviens à tes beaux outils. Je vois déjà quelques sourires fins sur les visages de celles et ceux qui croient savoir. Je leur dis tout net : « vous faites fausse route ! ». Evoquer les filles et Jacky, c’est, en fait, parler de la preuve de l’existence de… son infinie gentillesse, de sa douceur, de son écoute exceptionnelle, de la confiance totale que Jacky inspire immédiatement à celles et ceux qui le croisent en chemin. « Preuve », parce que, sur la qualité véritable des hommes, c’est-à-dire sur la pureté de leur cœur, les femmes ne se trompent presque jamais et que leur regard est sans pitié sur ceux qui trichent avec ce qu’il y a d’essentiel dans la vie : le bonheur, le bien, le beau…

Ah, les filles ! Une autre preuve de ta générosité, Jacky, la plus importante sans aucun doute, ce sont justement TES filles, auxquelles tu es lié par un amour (paternel de ton côté, filial du leur) « magnifique », un amour qui te fais traverser régulièrement l’Océan et descendre vers l’immense forêt des Landes, toujours au bord du même Océan d’ailleurs.

Car en vrai Breton que tu es, Jacky, il y a quelque chose d’Atlantique en toi. Je veux exprimer, par cette image, l’impression de grand large que tu induit chez celles et ceux qui te connaissent un peu. Certes, tu es toujours ici et maintenant dans la vie, riant (quel rire !) si souvent à ce miracle d’être bien ensemble. Mais il y a aussi, toujours, ce beau lointain dans ton regard, un lointain que j’ai vu souvent dans les yeux des marins, mais aussi dans ceux des femmes et des hommes qui refusent de s’embourber dans les petitesses humaines, trop humaines, un lointain qui symbolise la liberté de l’esprit.

J’ai cru, un temps, que tu ne t’appelais que Jacky. Jacky mon bon copain. Et puis, j’ai découvert Jacques Le Corre, mon camarade. Jacques Le Corre engagé dans la Cité, chez toi, et bien entendu dans l’entreprise. Engagé, avec de beaux outils :

- Tout d’abord, la force, parce que sans elle, rien de sérieux n’est défendable dans un monde encore et toujours sauvage. Je ne vais pas raconter ici ce que tu es capable de faire, quand, en cas d’agression caractérisée, et seulement alors, la colère gronde dans ta poitrine. En tous cas, si tu présente ta candidature à la prochaine présidentielle, ton slogan est tout trouvé : « Le Corre : La Force gentille ! » ;

- mais je veux parler aussi de cet outil capital : l’idéal. Dans une époque assez prosaïque, il faut bien le dire, où égoïsme rime avec réussite, où la vie n’est que matière, voire marchandise, Jacques, tu es un indécrottable idéaliste. Certainement, nous partageons cette naïveté coupable, toi, moi, tous tes camardes et, heureusement, beaucoup d’autres qui sont ici aujourd’hui ; nous partageons cette naïveté vitale d’espérer un monde plus humain, et d’y travailler modestement ici et maintenant, à perpète ! Les amateurs de saint Jean appellent ça l’« eschatologie au présent ». Quelque part, la CGT, à Bayard, est effectivement johannite… Ce n’est pas pour rien que nous osons orner le fronton de notre section de la belle devise : « Liberté, Egalité, Solidarité ». « Solidarité » ?… En douce, nous pensons et nous nous disons entre nous « Fraternité ». C’est un peu notre croyance secrète…

C’est celle de notre syndicat. Je t’ai demandé, il y a quelques jours, depuis quelle année tu étais adhérent de la CGT. Par modestie, tu as fais semblant de ne pas t’en souvenir. Aussi, j’ai téléphoné au 2e Bureau de la CGT, à Montreuil, à nos camarades qui voient tout, savent tout, devinent tout… Ils ont été incapables de me donner une date, car dans la mémoire de leur grand ordinateur, ils n’ont trouvé, à ton nom, que la mention suivante : « Tombé dedans quand il était petit ! »

Jacky, j’ai aussi, et enfin, découvert Jacques mon ami. Un ami attentif, discret et qui comprend tout de ce que je vis, de ce que nous vivons. Tous tes camarades, et combien de tes collègues, sont tes amis. C’est comme pour ta date d’adhésion : leur nombre ne se compte pas. « Quand on aime… », dit la Sagesse.

Pour marquer ce passage dans une nouvelle et belle phase de ta vie, je te remets, une belle médaille de la CGT. Y figure, entre autres symboles, la poignée de main de la solidarité, que l’on appelait, dans l’Antiquité, « bonne foi », c’est-à-dire « fidélité véritable ». Fidélité à l’idéal, fidélité à l’amitié.

Une fois n’est pas coutume, mon très cher Jacques, je t’embrasse fraternellement pour te la donner et, surtout, pour t’exprimer ma très grande affection, la très grande affection de celles et ceux quoi sont présents devant toi ce midi.

Vive toi, Jacky, vive ta Liberté, et vive la CGT !

Antoine Peillon, délégué syndical.