La Révolution française...

La Révolution française n'est pas terminée, par Vincent Peillon (Editions du Seuil)

Avant-propos (extrait)

Au début du XXe siècle, le philosophe républicain Henry Michel se proposait d’« établir qu’il est nécessaire à la démocratie républicaine d’avoir une doctrine politique » (La Doctrine politique de la démocratie, 1901, p. 5). Et il déplorait que la doctrine politique de la démocratie républicaine, nécessaire pour que la République soit forte, ne soit pas achevée. Il situait dans cette absence de doctrine « l’une des causes principales du malaise de notre démocratie » (Ibid., p. 7).

Un siècle plus tard, on pourrait faire mot à mot le même diagnostic et proposer le même projet. Car la République se doit de s’enseigner toujours, de toujours se démontrer, sous peine de laisser place aux sophismes, aux mystifications, aux aventures et de s’affaiblir. Henry Michel ajoutait, avec un bel optimisme : « Une idée ne dure qu’en luttant, c’est-à-dire en se démontrant incessamment elle-même. La République est une idée : c’est sa faiblesse, et c’est sa force. Que cette idée prenne conscience d’elle-même, et qu’elle se démontre infatigablement : elle sera invincible, parce qu’elle sera irréfutable » (Ibid., p. 12).

Sans préjuger de savoir si nous pouvons faire nôtre un tel optimisme, il demeure qu’un certain nombre de travaux se sont développés ces dernières années qui sont venus remettre en cause les interprétations de la République qui dominaient jusque là. Ce faisant ils ont libéré la possibilité d’une autre histoire, d’une autre philosophie et d’une autre politique.

Pour le dire autrement, quelque chose de neuf se passe dans la pensée. Ce quelque chose ne concerne pas, heureusement, que la pensée. Toute conscience est mémoire. Cela vaut pour les hommes, mais aussi pour les peuples, pour les nations, pour les civilisations et même pour l’humanité. Ce que nous sommes, chacun d’entre nous et tous ensemble, c’est d’abord une histoire, au double sens du passé et du récit, de l’historia et de la res gestae. Cette histoire, nous ne la trouvons pas déposée dans notre esprit ou nos monuments comme le limon au fonds de la rivière. Il nous faut la rechercher, la réfléchir, la faire et l’écrire dans un même mouvement. Elle est un savoir, mais elle est aussi une action et un engagement…

Justice sociale

Inégalités et Justice sociale

Dirigé par V. Peillon, avec Yves Daudigny, Philippe Chanial et Serge Audier. Le Bord de l'Eau, juin 2008.

Qu'il s'agisse de revenus, de territoires ou de générations, tout semble conclure à l'existence d'une véritable préférence française pour les inégalités. Dans le même temps, chacun utilise hâtivement jusqu'à épuisement les notions - essentielles, mais jamais clarifiées - de justice sociale, d'équité, de solidarité, d'égalité des chances et de discrimination positive. Aussi l'Institut Edgar Quinet a-t-il souhaité prendre le temps de la réflexion afin de permettre une clarification des différents concepts en jeu et de leurs implications concrètes, ou encore de dresser un tableau minutieux des difficultés propres au modèle français. Sur la base d'analyses conduites par des spécialistes, se dégagent des pistes d'action pour une gauche moderne où l'on constate que voir le monde tel qu'il est - et rompre avec certains de nos conservatismes - nous replonge dans le meilleur de la tradition du socialisme républicain et de sa mission historique : réaliser l'idéal de liberté, d'égalité et de fraternité.

Les rencontres de l'Institut, consacrées aux inégalités et à la justice sociale, se sont tenues les 17, 18 et 19 janvier à l'École Normale Supérieure et à la Maison de la Chimie (Paris).

Source : Cercle social Edgar Quinet / www.edgarquinet.com