Indice FILPAC-CGT mars 2008

L'indice FILPAC-CGT de l'inflation réelle est construit sur la base de la structure réelle de consommation des ménages français (coefficients budgétaires), telle qu'analysée par l'INSEE (Division Synthèses des biens et services) et publiée dans INSEE Résultats - Société n° 71, en septembre 2007, ainsi que sur les indices mensuels INSEE des prix à la consommation pour l'ensemble des ménages de France métropolitaine, classés par fonctions de consommation (mois courant).

Explications

« Historique », « les prix explosent », « plus haut niveau depuis vingt ans », « l’inflation a battu tous les records »… Les manchettes des journaux relèvent l’ampleur inédite et de plus en plus inquiétante de la giboulée inflationniste de mars 2008 ! L’Insee donne un + 3,2% très minoré pour la France, tandis qu’Eurostat convient d’un + 3,6% en zone euro. Notre indice FILPAC-CGT de l’inflation réelle culmine ce mois-ci à + 4,2% ! Quelques explications et perspectives…

L'inflation a progressé de 0,8% en mars par rapport au mois précédent, selon l'Insee. Cette forte progression mensuelle résulte principalement de l'augmentation des prix de l'habillement et des chaussures et de ceux de l'énergie. En effet, l'énergie a encore enregistré une hausse de 2,7% en mars. Dans l'alimentation, les prix ont progressé de 0,4% sur un mois. Dans le secteur de l'habillement et des chaussures, la hausse est particulièrement forte, en mars, avec + 6,7% par rapport à février. Première conséquence : la hausse des prix à la consommation en France entre mars 2007 et mars 2008 atteint son record depuis août 1991. Dans le détail, ce sont toujours l'énergie et l'alimentaire qui flambent. Sur un an, les prix de l'énergie s'envolent, selon l’INSEE, de +12,7% en moyenne, avec +19,5% pour les seuls produits pétroliers dont +38,6% pour les combustibles liquides ! Dans l'alimentation, les prix ont progressé de +5,3% sur un an. Les prix des produits frais enregistrent une hausse de +3,6% par rapport à mars 2007 et ceux des autres produits alimentaires gagnent +5,6%. Le lait et la crème affichent même des prix en hausse de +14,4% sur les douze derniers mois, les céréales +7,8% et la viande de volaille +13,3% ! La hausse de 5,5% des tarifs réglementés du gaz proposée par le gouvernement à la fin avril risque d'alourdir encore la facture des ménages, alors même que les prix des carburants à la pompe ont enregistré des records historiques la semaine dernière.

Seule conséquence relativement positive : une hausse automatique du Smic. En effet, l'inflation mesurée par l'Insee pour les ménages ouvriers et employés a franchi en mars le seuil qui déclenche un relèvement automatique du Smic. D'habitude, la hausse du Smic attend le 1er juillet, mais si en cours d'année l'indice de référence pour les prix atteint ou dépasse le cap de 2%, une revalorisation intervient au début du mois suivant la publication du chiffre. Selon l'Insee, le Smic devrait être revalorisé de 2,3% au 1er mai, ce qui est loin de compenser la perte de pouvoir d’achat générée par les records actuels de l’inflation. Plus de deux millions de salariés sont concernés, payés actuellement 8,44 euros brut de l'heure. C'est la première fois depuis avril 1996, il y a donc douze ans, qu'un tel dispositif va être appliqué. Pour de nombreux économistes, cette envolée des prix devrait se traduire par un recul du pouvoir d'achat des ménages au premier trimestre 2008.

« Les finances des ménages seront soumises à rude épreuve en 2008 », prévient ainsi Mathieu Kaiser, économiste chez BNP Paribas, qui voit l'inflation perdurer autour des 3% jusqu'en septembre. Les experts prédisent évidemment des conséquences sur la consommation et donc sur la croissance française… Cercle vicieux bien connu. D’autant que le moral des Français continue de se dégrader spectaculairement. Compte tenu du rôle moteur de la consommation dans la croissance de la France ces dernières années, l'expansion économique française sera réduite à sa plus simple expression au cours des mois qui viennent. Un économiste du cabinet Xerfi s'attend ainsi à une croissance de seulement 1,4% en 2008. Le gouvernement table lui sur une croissance comprise entre 1,7 et 2% cette année, contre les 2 à 2,5% attendus initialement…

« Une mesure dérisoire » !

La CGT juge que l'augmentation anticipée du Smic au 1er mai, « si elle est toujours bonne à prendre, apparaît dérisoire face à l'ensemble des charges incompressibles qui pèsent au quotidien sur les salariés ».

L'augmentation, qui représente 98 centimes par jour selon un calcul de la CGT, interviendra à partir du 1er mai et sera visible sur les fiches de paie de la fin mai. Elle sera suivie de la traditionnelle revalorisation annuelle du Smic au 1er juillet, qui devrait intervenir dans des proportions toutefois moindres que d'habitude.

« Une telle situation, deux revalorisations du Smic dans l'année, qui ne s'était pas produite depuis 1996, traduit le niveau très élevé de l'inflation en France depuis de nombreux mois», relève la CGT. Plus de deux millions de salariés sont directement concernés par cette augmentation automatique prévue par le code du Travail, dès lors que l'indice de l'inflation dépasse un certain niveau (lire ci-dessus). La CGT réaffirme sa revendication d'un Smic à 1.500 euros comme « base à partir de laquelle toutes les grilles devraient être revalorisées ».