C'est à l'occasion de l'Exposition de Lyon en 1894 qu’Aristide Bruant crée « Les Canuts ». Il publie le titre en 1899 dans son recueil Sur la route (composé de textes créés lors de ses tournées en France). Les canuts (la canne est une bobine de fil) est le nom donné aux ouvriers des ateliers de tissage de soie de Lyon, rendus célèbres dans tout le pays après leur grande révolte de 1831. Le succès de la pièce de théâtre, « Les Tisserands », montée en 1893, inspirera en partie à Aristide Bruant cette chanson. C'est sans doute plus la couleur locale de ces personnages typiques de la région lyonnaise et leur misère légendaire qu'évoque Aristide Bruant. La chanson deviendra vite un emblème de lutte sociale.

Les Canuts Aristide Bruant (1910) Chanson en hommage aux ouvriers tisserands lyonnais qui s'étaient révoltés en 1831...

Pour chanter Veni Creator / Il faut avoir chasuble d’or (bis) / Nous en tissons pour vous / Gens de l'église, / Mais nous pauvres canuts / N’avons point de chemises.

Nous sommes les Canuts / Nous allons tout nus. / Nous sommes les Canuts / Nous allons tout nus.

Pour gouverner, il faut avoir / Manteau et ruban en sautoir (bis) / Nous en tissons pour vous / Grands de la terre / Mais nous pauvres canuts / Sans draps on nous enterre.

Nous sommes les Canuts / Nous allons tout nus. / Nous sommes les Canuts / Nous allons tout nus.

Mais notre règne arrivera / Quand votre règne finira (bis) / Nous tisserons alors / Le linceul du vieux monde / Car on entend déjà la révolte qui gronde.

Nous sommes les Canuts / Nous n’iront plus nus. / Nous sommes les Canuts / Nous n’iront plus nus.

En 1977, contacté par le directeur artistique de la ville du Havre pour intervenir dans le cadre de "Juin dans la rue, mois de la jeunesse", Michel Fugain conçoit un immense défilé où chaque quartier ou communauté de la ville est représenté par une chanson et une couleur. Le Rouge est celle des mal-lotis. Rappelant que la ville a été quasiment détruite au cours de la dernière guerre, la manifestation s'intitule " Un jour d'été dans un Havre de paix ". A cette occasion " Le Chiffon rouge " est créé. C'est avec les premiers licenciements massifs dans la sidérurgie, à la fin des années 70 que la chanson connaît son succès. D'abord à Longwy où, à l'annonce de la suppression de 20500 postes en deux ans, les ouvriers des usines du groupe Usinor en font l'hymne de leur radio libre, une des premières de l'époque. Puis lors des manifestations des sidérurgistes de Lorraine et du Nord, organisées à Paris par la CGT, contre les plans de restructuration annoncés en 1978. Dans le milieu ouvrier, cette chanson est aujourd'hui presque aussi célèbre que l'Internationale.

Le Chiffon Rouge

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge / Une fleur couleur de sang / Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge / Lève-toi car il est temps / Allons droit devant vers la lumière / En montrant le poing et en serrant les dents / Nous réveillerons la terre entière / Et demain nos matins chanteront / Compagnon de colère compagnon de combat / Toi que l’on faisait taire toi qui ne comptais pas / Tu vas pouvoir enfin le porter / Le chiffon rouge de la liberté / Car le monde sera ce que tu le feras / Plein d’amour de justice et de joie

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge / Une fleur couleur de sang / Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge / Lève-toi car il est temps / Tu crevais de faim dans ta misère / Tu vendais tes bras pour un morceau de pain / Mais ne crains plus rien le jour se lève / Et Il fera bon vivre demain / Compagnon de colère compagnon de combat / Toi que l’on faisait taire toi qui ne comptais pas / Tu vas pouvoir enfin le porter / Le chiffon rouge de la liberté / Car le monde sera ce que tu le feras /Plein d’amour de justice et de joie.