Sarkozy et le MEDEF : la love story !
Par A P le vendredi 31 août 2007, 11:42 - Actualités sociales et politiques - Lien permanent
Parisot et Sarkozy, lors de
l'université d'été du MEDEF, le 30 août 2007
"Que chacun sorte sa Rolex !", par Dominique Dhombres (Le Monde)
C'était une véritable déclaration d'amour, prononcée un genou à terre avec tous les signes extérieurs d'une passion sincère. Nicolas Sarkozy proclamait sa flamme au patronat français, jeudi 30 août, sur le campus d'HEC, à Jouy-en-Josas. La scène était retransmise en direct sur LCI. C'était la première fois qu'un président de la République assistait à l'université d'été du Medef...
Chronique
"Que chacun sorte sa Rolex !", par Dominique Dhombres
LE MONDE | 31.08.07
C'était une véritable déclaration d'amour, prononcée un genou à terre avec tous les signes extérieurs d'une passion sincère. Nicolas Sarkozy proclamait sa flamme au patronat français, jeudi 30 août, sur le campus d'HEC, à Jouy-en-Josas. La scène était retransmise en direct sur LCI. C'était la première fois qu'un président de la République assistait à l'université d'été du Medef. L'orateur présentait ce geste comme un acte d'une grande témérité, d'une audace insensée, et quasiment comme une révolution. Comme s'il s'était rendu dans un mauvais lieu où il n'avait pas normalement sa place. Le président de la République procédait à une sorte d'exorcisme public destiné à montrer à la nation qu'il n'y avait pas meilleurs gens que tous ces patrons. N'ayez pas peur, leur disait-il. C'est excellent de gagner de l'argent. C'est mieux encore de faire fortune. Sortez vos Rolex, vous les avez bien méritées ! Que ceux qui ont un yacht lèvent le doigt !
Il les a mariés par fournées entières quand il était maire de Neuilly. Il n'est pas question qu'il les renie aujourd'hui. Il avait des formules qui leur allaient droit au coeur. "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur : je veux y mettre un terme", disait-il, follement applaudi. L'assistance avait une pensée émue pour tous ces malheureux, issus de ses rangs, qui ont été mis en garde à vue pour une vétille, une broutille, un chiffre pris à la place d'un autre, quand ce n'est pas à la suite d'une dénonciation anonyme. Quelqu'un, enfin, les comprenait ! Il faisait beau. On croyait apercevoir, flottant dans l'air léger, le chapeau légendaire d'Antoine Pinay. Que c'était bon d'entendre ces paroles douces aux oreilles des riches ! Laurence Parisot, la fée clochette du patronat, ne quittait pas l'orateur des yeux. Quel talent ! Et drôle, avec ça ! "Au fond, je suis celui qui sait le mieux exploiter les richesses humaines du Parti socialiste. Dans une autre vie, je pourrai peut-être faire directeur des ressources humaines", disait Nicolas Sarkozy. Il avait installé le matin même à l'Elysée la commission, présidée par Jacques Attali, chargée de faire sauter les verrous qui bloquent la croissance. La péroraison accentuait cette veine comique devant les patrons ravis. Ce n'est pas la première fois que l'intéressé à recours à ce procédé au cours duquel il mime, en faisant la moue, des interlocuteurs imaginaires qui s'inquiètent de son hyperactivité. "Il en fait trop ? Je pense tellement que je n'en fais pas assez. Il décide de tout ? Quand même, j'ai été élu pour décider. Il est très présent ? Si vous voulez que je parte, il ne fallait pas voter pour moi." Le succès était garanti. Ils étaient tous prêts à voter de nouveau pour lui, et des deux mains encore.
Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 01.09.07
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Compte rendu
Nicolas Sarkozy défend les patrons face aux juges et à l'administration
LE MONDE | 31.08.07
Applaudi à plus de vingt reprises, dont une dernière fois debout, Nicolas Sarkozy peut estimer avoir conquis les chefs d'entreprise lors de son discours prononcé jeudi 30 août devant l'université d'été du Medef, à Jouy-en-Josas. Une première pour un chef de l'Etat.
Laurence Parisot, la présidente du syndicat patronal, avait au préalable déblayé le terrain. "Votre présence est un geste de reconnaissance des entreprises, lui avait-elle dit en l'accueillant devant quatre mille participants. Il y a longtemps qu'on l'attendait." Sitôt le chef de l'Etat reparti, elle a assuré le service après-vente : "On a assisté à un moment tout à fait important, j'oserai dire historique."
Pourtant, ce discours n'aura pas tenu la promesse de son annonce. Présenté il y a deux semaines par le porte-parole de l'Elysée comme le lancement de la "deuxième phase" des réformes économiques, il a pris des accents volontaristes, émaillé de "je veux", au détriment de propositions spectaculaires et d'un calendrier précis. Un conseiller de M. Sarkozy concédait "un défaut de communication". Initialement, le chef de l'Etat aurait dû annoncer à cette occasion la réforme du crédit impôt recherche. Mais, sous la pression d'une conjoncture plus mauvaise que prévu, l'Elysée l'a dévoilée la semaine dernière. De plus, explique Henri Guaino, conseiller spécial du président et rédacteur de ce discours, "à partir du moment où on est tenu à la concertation avec les syndicats, on ne peut pas faire d'annonces".
D'autres conseillers l'ont également mis en garde contre le risque de réserver des "annonces" à un parterre patronal. Dans ce contexte un peu contraint, le chef de l'Etat a d'abord cherché à séduire les patrons après avoir cherché les voix de l'électorat populaire pendant sa campagne. Il a assuré ses hôtes de son "admiration" et de sa volonté de les placer "au coeur du projet économique". Opposant les "prédateurs" du capitalisme financier aux "créateurs", le président de la République a visiblement voulu en faire des alliés de la réforme, promettant, comme il l'avait fait au Havre, entre les deux tours des législatives, qu'il ne laisserait personne "édulcorer la rupture".
Une manière de les rassurer après un début de mandat davantage consacré au pouvoir d'achat des ménages qu'à la compétitivité des entreprises. 35 heures, prélèvements fiscaux, politique salariale, rapprochement Unedic-ANPE "d'ici à la fin de l'année", simplification administrative, ouverture des magasins le dimanche, il a, à chaque fois, promis vouloir "aller beaucoup plus loin".
M. Sarkozy a repris à son compte plusieurs des revendications des chefs d'entreprise comme la "séparation à l'amiable" dans le cadre d'une réforme du contrat de travail. Se faisant leur avocat face à "l'arbitraire bureaucratique", le chef de l'Etat a promis aux entrepreneurs une "dépénalisation du droit des affaires". Passage le plus applaudi : celui où M. Sarkozy a souhaité mettre un terme aux dénonciations anonymes dans le domaine fiscal : "A quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ?", a-t-il demandé.
Reconnaissant "un ralentissement" de l'économie, il assure vouloir "faire davantage" : "Je ne crois pas que la seule politique possible soit d'augmenter les impôts pour compenser la perte de recettes", a-t-il dit. Au passage, il a incité les banques à prêter "davantage ou plus facilement" aux ménages et aux entreprises qu'aux spéculateurs.
De son côté, l'Etat devra montrer l'exemple. M. Sarkozy a réaffirmé sa volonté de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. S'il ne l'a pas encore fait, explique-t-il, c'est qu'à "aller trop vite on risquait de tout compromettre". Il a néanmoins indiqué que le nombre de directeurs d'administration centrale serait "divisé par deux".
Reste à savoir si les patrons seront sensibles à ce donnant-donnant et à son injonction à "se retrousser les manches". Et si la promesse d'une réforme saura les inciter à "faire un effort sur les salaires à chaque fois que cela sera possible".
"Depuis que le capitalisme existe, a conclu le chef de l'Etat, la croissance est toujours le fruit d'une coopération réussie entre la puissance publique et l'initiative privée, entre l'intérêt général et l'intérêt particulier. C'est dire s'il nous faut être collectivement ambitieux". Un appel aux bonnes volontés.
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35 heures, licenciement à l'amiable, Suez-GDF... : les intentions de M. Sarkozy analysées
LE MONDE | 31.08.07
Le président de la République n'a pas fait d'annonces majeures jeudi 30 août à l'université d'été du Medef. Son discours a pris des accents volontaristes. Décryptage de ses "petites phrases".
"Je veux aller beaucoup plus loin dans l'assouplissement des 35 heures pour redonner des marges de manœuvre plus importantes à la politique salariale." Sans attendre la mise en place, le 1er octobre, de la loi qui introduit de nouvelles règles de financement des heures supplémentaires défiscalisées, M. Sarkozy annonce une deuxième phase de détricotage des 35 heures. Mais il n'a pas annoncé de modification des lois Aubry ni de mesures concrètes. Les évolutions devraient passer par la renégociation des accords collectifs ou d'entreprises : un chantier que les entreprises ne sont pas forcément disposées à engager.
"Si nous perdons la bataille de l'intelligence, nous perdrons tout."
M. Sarkozy a confirmé les annonces du mois d'août en faveur de la recherche : remboursement aux entreprises 30% de leurs dépenses de recherche contre 10% précédemment, au titre du Crédit impôt recherche (CIR). Le fisc n'aurait plus que trois mois, au lieu de six, pour indiquer à une entreprise si elle est éligible. Des procédures devraient être trouvées pour que les entreprises bénéficiaires du CIR, ne soient plus victimes de tracasseries fiscales.
"Je suis favorable à ce que soit ouverte la possibilité d'une séparation à l'amiable dans les entreprises."
M. Sarkozy reprend le néologisme de Laurence Parisot, la présidente du Medef, pour qualifier son projet de conditions d'un licenciement à l'amiable "par consentement mutuel". A partir du 7 septembre, syndicats et patronat doivent négocier sur l'évolution du marché du travail et des contrats de travail.
"J'ai proposé à Suez de fusionner ses activités énergétiques avec Gaz de France (…). Cela suppose que Suez fasse un choix stratégique en se spécialisant dans l'énergie."
Le rapprochement Suez-GDF ne se fera que si Suez vend sa filiale environnement. Cette cession permettrait de réaliser un mariage entre égaux, l'Etat s'assurant plus d'un tiers du capital dans le groupe énergétique. Mais Suez veut conserver son pôle environnement.
"Je ne veux plus qu'on se moque des Français avec des indices des prix qui ne veulent rien dire."
L'action du chef de l'Etat sur le pouvoir d'achat recueille 68% d'opinions négatives, selon un sondage TNS-Sofres du 27 août. Il estime que l'euro a conduit à une hausse des prix et que l'indice Insee mesure mal l'évolution du pouvoir d'achat. En question, la pondération dans l'indice des produits qui augmentent (immobilier, alimentation, énergie). L'Insee a commencé en 2006 à mettre en place des indices de prix catégoriels qui tiennent compte de la structure de consommation des différents ménages.
"Je souhaite que la fusion opérationnelle des réseaux de l'ANPE et l'Unedic soit décidée d'ici la fin de l'année."
M. Sarkozy veut que l'institution qui verse l'indemnisation soit la même que celle qui suit le chômeur dans sa recherche d'emploi. Il a fini par rallier le Medef à la fusion des deux organismes : le service public de l'ANPE (23000 agents) et l'Unedic (14000 salariés), gérée par les partenaires sociaux. Il reste à convaincre les syndicats, à lever de nombreux obstacles statutaires et déterminer qui, de l'Etat ou des partenaires sociaux, gouvernera cette entité.
"Si l'on taxe trop le travail, il se délocalise. Si l'on taxe trop le capital, il se délocalise."
Convaincu que les prélèvements obligatoires français, parmi les plus élevés du monde, sont dissuasifs dans une France ouverte à la mondialisation, M. Sarkozy a chargé Mme Lagarde de remettre à plat l'ensemble de la fiscalité et des charges sociales. Ce travail devrait déboucher au printemps 2008. La mise en place d'une éventuelle TVA sociale, la poursuite de la réforme de la taxe professionnelle, un éventuel nettoyage des niches fiscales seront à cette occasion examinés. Le gouvernement a fait voter, cet été, une baisse historique de la fiscalité avec le bouclier fiscal à 50%, l'allégement de l'ISF et celui des droits de donation et de succession.
"La politique que je veux conduire est une politique de l'offre et de la demande."
Répondant à la présidente du Medef, qui a appelé de ses vœux une politique de l'offre et aux économistes qui s'interrogent sur le sarkozysme en économie, le chef de l'Etat maintient son objectif : soutenir la demande, avec des mesures sur le pouvoir d'achat, et engager une politique de l'offre avec des mesures plus structurelles (baisse du coût du travail, aide à l'innovation et à la recherche etc.).
"Je souhaite avancer rapidement sur l'ouverture des magasins le dimanche."
Alors que le travail dominical reste réglementé et les dérogations soumises à autorisations administratives, plusieurs affaires récentes ont été tranchées par la justice. La commission Attali sur la croissance devra trancher la polémique qui divise les professionnels du commerce, les syndicats et les consommateurs.
"Si nous voulons que l'Europe vive, il ne faut pas avoir peur du débat."
Nicolas Sarkozy estime que l'indépendance de la BCE n'empêche pas le dialogue politique. En réalité, celui-ci a lieu. Son président Jean-Claude Trichet participe à la réunion des ministres des finances de la zone euro, témoigne devant le Parlement européen tandis que la Commission assiste aux réunions de la BCE. La France estime que la politique de change devrait être gérée, conformément aux traités, par l'Eurogroupe, mais faute d'accord avec l'Allemagne, cette mission échoit à la BCE.
"Je veux que la France se dote d'un Small Business Act…"
La France a rattrapé son retard en matière de créations d'entreprises, mais ses PME ne parviennent pas à grandir. Ce constat a conduit le président à s'engager sur un Small Business Act, inspiré de celui des Etats-Unis, et permettant de réserver aux PME une partie des marchés publics. Lionel Stoleru est chargé d'un rapport sur cette question sensible que le gouvernement ne peut résoudre sans négocier au préalable avec la Commission européenne et l'OMC.
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