Tous unis, au sein d’une même section

La CGT est toujours bien présente à Bayard Presse

Avril 2001, paru dans Le Livre (journal du SGLCE-CGT)

A Bayard Presse, pendant des lustres, la CGT était présente dans l'entreprise uniquement à travers les ouvriers du Livre. En 1999, la section CGT du groupe de presse catholique (congrégation des Assomptionnistes est actionnaire à 100%…) a accompli une rapide et profonde mutation, après la liquidation de l’atelier d’impression et de routage de La Croix, à Montrouge, où travaillaient une quarantaine d’ouvriers du Livre CGT, pour des motifs clairement politiques. Plusieurs journalistes ont, en effet, rejoint la section CGT unitaire de Bayard Presse. Nos succès électoraux et dans la lutte sociale confirment la nécessité de cette nouvelle alliance.

Dans les trente dernières années, beaucoup d'acquis sociaux (niveau de rémunération, sept semaines et demie de vacances, maintien d'une retraite supplémentaire, salaire d'embauche minimum brut de base à 7 750 Francs valeur 2001…), ont été obtenus grâce aux luttes et à la mobilisation des ouvriers. Début 1999, après le départ de cette quarantaine d'ouvriers du Livre (reclassements à la Sicavic et préretraites), ces camarades ayant d'ailleurs bénéficié d’un plan social « généreux » qu’il a fallu imposer à la direction par plusieurs mois de lutte systématique (débrayages, rassemblements, résistance du CE…), il fallait reconstruire sur de nouvelles bases une section syndicale CGT apte à guider l’action syndicale dans l’entreprise, sur le site de la rue Bayard. La tâche était rude, mais passionnante.

En effet, sur quelque 1000 salariés de Bayard Presse, il ne reste plus, aujourd’hui, qu'une vingtaine d'ouvriers (prépresse, cadre de vie), contre cent cinquante il y a vingt ans… Mais si le conflit social de Montrouge s’est soldé par la perte irréparable de l’essentiel d’une catégorie socioprofessionnelle (les ouvriers) particulièrement combative et détentrice de la mémoire sociale de l’entreprise, il a eu au moins le mérite de révéler des solidarités inédites entre salariés de différents métiers. Tout au long de l’année 1998, des employés, agents de maîtrise et même quelques journalistes, la plupart syndiqués à la CFDT et au Syndicat national des journalistes (SNJ autonome), se sont engagés fortement aux côtés de leurs camarades CGT de Montrouge pour les soutenir dans leur volonté de sauvegarder leurs emplois et leur outil de travail. Ces rencontres syndicales, dans un climat social très tendu, ont même été l’occasion de faire naître des amitiés et des confiances réciproques qui sont à l’origine de la reconstruction de la section CGT de Bayard Presse depuis maintenant deux ans.

Les journalistes rejoignent la CGT

En mars 1999, deux journalistes, jusqu’alors piliers du SNJ autonome (membres du Bureau national…), ont rejoint la section CGT de Bayard Presse _ qui se compose aussi d'ouvriers, d'employés, d'agents de maîtrise et d'un cadre _ en adhérant au SNJ-CGT. Ils entendaient affirmer ainsi leur solidarité avec les autres salariés de l’entreprise, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, dont les droits et les effectifs étaient clairement menacés par l’évolution de Bayard vers le « tout éditorial », pour ne pas dire le « virtuel »... Ils souhaitaient, de plus, continuer, hors de tout corporatisme, une lutte sérieuse pour l’emploi, mais aussi contre la précarité dans leur profession (pigistes, CDD), l’inégalité – particulièrement nette à Bayard – entre les femmes et les hommes (salaires, responsabilités) et le laisser-aller déontologique de certains responsables de rédactions.

Rapidement, ils ont été rejoints par deux femmes journalistes, fortement motivées par la défense des droits moraux, économiques et sociaux de tous ceux qui sont menacés par un management en voie de déshumanisation accélérée. Ensemble, et avec l’appui de leurs collègues des autres métiers de presse, ils entendaient :

- Veiller scrupuleusement à ce que les « 35 heures » soient créatrices de 56 véritables emplois (CDI), comme prévu par notre accord d’entreprise ;

- négocier une véritable égalité hommes/femmes quant aux salaires et pour l’accès aux emplois dits « à responsabilité », par l’instauration, entre autres mesures, de la parité dans le recrutement pour tous les postes hiérarchiques ;

- exiger une réduction radicale de l’injustice salariale, en inversant la tendance actuelle à l’écart croissant entre les plus hauts salaires et les plus bas ;

- obtenir, dans le cadre d’un accord d’entreprise, des conditions de travail « dignes » pour les journalistes rémunérés à la pige et l’intégration en CDI en bonne et due forme de ceux qui travaillent régulièrement pour Bayard Presse ;

- obtenir, enfin, le respect entier des droits d’auteur de tous les journalistes, notamment dans la nouvelle perspective du développement des activités multimédia de l’entreprise (Internet, CD-Rom…).

Un regain électoral

En mars 2000, ces revendications ont constitué la base des « positions, propositions et revendications » portées par la section CGT de Bayard Presse lors des élections au CE et des délégués du personnel. En avril, après un an de fonctionnement de notre nouvelle section, nous avons mesuré la satisfaction des salariés par rapport aux actions que nous avions déjà menées. Ces élections nous permettaient par là même de nous tester par rapport aux autres confédérations syndicales implantées depuis longtemps à Bayard dans l'ensemble des catégories socioprofessionnelles (CSP). A cette occasion, nous présentions des candidats dans les collèges Employés/Ouvriers, Agents de maîtrise et _ grande première !_ dans celui des Journalistes.

Au cours d’une campagne menée sur le thème : « La CGT à l'écoute des salariés, indépendante, combative et force de proposition », nous avons élargi nos réunions de sections à l'ensemble des salariés désireux de débattre avec nous. Le résultat de ces élections fut encourageant avec d’importantes satisfactions dans les collèges Employés/Ouvriers et journalistes. Chez les E/O, nous avons obtenu un siège sur deux au CE et deux sièges sur quatre en DP, avec 41 % des voix, contre 32 % pour la CFDT et 27 % pour FO. Fait historique à Bayard, nous avons conquis un siège de DP dans le collège Journalistes, grâce à une cinquantaine de voix qui se sont portées sur sa candidature. Cette première confirmation de l’existence légitime de journalistes CGT à Bayard Presse est la preuve que, pour beaucoup de journalistes de Bayard, la solidarité ne s’arrête pas à la carte de presse.

L'ensemble des résultats obtenus toutes CSP confondues, nous place en deuxième position des organisations syndicales confédérées avec 16 % des voix (sans candidat dans le collège cadre!), contre 32 % pour la CFDT, 13% pour la CFTC et 11 % pour FO. Enfin, dans le cadre des élections au CHSCT, sur sept sièges, nous en avons obtenu trois : un employé, un agent de maîtrise et un journaliste (lire l’encadré sur « La CGT, un turbo au CHSCT »).

Internet, notre outil d’expression syndicale

Forte de ces résultats encourageants, un des journalistes de la section a créé, en juin 1999, un site Internet « Cgt-Bayard » (http://www.fromveur.com/cgtbayard.htm) pour informer l’ensemble des salariés, de façon permanente, de toute l’actualité sociale de l’entreprise. L’efficacité et le succès inattendus de ce nouveau moyen d’expression syndicale a rapidement exaspéré la direction de l’entreprise (ce qui est un très bon signe…), laquelle n’a pas longtemps hésité à nous mettre en demeure de liquider purement et simplement notre site, lequel présente l’avantage d’être totalement indépendant, techniquement et juridiquement, de l’infrastructure de communication interne de Bayard Presse (Intranet).

Ainsi, dans un courrier daté du 7 juin 2000, Alain Cordier, président du directoire de Bayard, nous a mis en demeure d'arrêter sous 48 heures la diffusion d'informations par le moyen de ce site Internet. Le 14 juin suivant, nous lui avons proposé de nous indiquer ce qui, dans nos pages, lui semblait tomber sous le coup d'une éventuelle divulgation d'informations confidentielles et/ou d'une éventuelle diffamation. Le 12 juillet, Alain Cordier a renouvelé sa mise en demeure « d'interrompre une pratique parfaitement illicite et, à l'avenir, de ne pas la renouveler », sans plus de motifs réels et sérieux que le 7 juin. Le 7 septembre, comme déjà le 14 juin, nous avons donc rappelé au président du directoire « notre attachement responsable, dans le cadre de la loi, au droit fondamental de la liberté d'expression ». Et nous avons prévenu que « nous maintenons tel qu'il existe notre site Internet, (...) continuons d'y publier les informations que nous jugeons importantes pour les salariés de notre entreprise, en veillant, comme nous l'avons toujours fait, au respect des règles légales et déontologiques qui valent pour toute publication, quel que soit son support »… La direction de Bayard n’a pas poursuivi au-delà sa tentative de nous faire taire, sauf par quelques moyens détournés qui ont été un fiasco supplémentaire pour elle !

Dans « force de proposition », il y a « force »…

Cet outil s’est avéré particulièrement efficace lors du nouveau conflit social qui a marqué toute l’année 2000 à Bayard Presse, du fait de l’arrêt des titres Eurêka, Bel Âge et Entourage. Grâce à sa vigilance sur l’évolution économique de l’entreprise, à sa position offensive au sein du CE et en négociation, à sa capacité à écouter et mobiliser toutes les catégories sociales de l’entreprise, la section CGT unitaire a finalement imposé un plan social exemplaire à la direction (zéro licenciement contraint !, lire le détail dans notre site Internet). Après cette lutte que nous venons de mener pendant dix mois, les salariés ont compris qu'ils pouvaient s'appuyer sur notre organisation. Nous partons donc confiants pour les prochaines élections en 2002, où nous serons aussi présents chez les cadres.

Bruno CASSEAU (délégué syndical) et Antoine PEILLON (représentant syndical au CE), pour la section syndicale CGT à Bayard Presse

La CGT, un turbo au CHSCT

Notre section a une présence active au sein du CHSCT de Bayard Presse. Trois de ses représentants y travaillent pour faire respecter la loi et rendre plus supportable le quotidien des salariés. Cette année, ils ont dénoncé vigoureusement le harcèlement moral et professionnel subi par un certain nombre de collaborateurs de l’entreprise. Grâce à leur action et leur intervention tenace et militante, le débat a été porté sur la place publique. Ainsi ils sont parvenus, non sans peine, à obtenir de la direction une « journée» sur le harcèlement moral. Ils ont initié un débat sur ce thème et ont invité le chercheur Christophe Dejours, auteur du livre Souffrance en France (Seuil). Salariés, syndicalistes et spécialiste ont échangé sur ce sujet délicat et dévastateur pour ceux qui en sont victimes.

Grâce à la CGT, la lutte contre le harcèlement moral au sein de Bayard est enfin d’actualité ! Dans cette entreprise qui se targue de porter les valeurs humanistes et chrétiennes, les relations professionnelles se durcissent, les rapports humains et hiérarchiques se tendent. La CGT, à travers ses militants présents au CHSCT, a décidé de se battre pour l'arrêt des brimades, des humiliations, en un mot pour le droit à la dignité !