__FILPAC-CGT / INFO’COM-CGT Appel à tous les salariés de la presse__

Liberté d’informer ou servitude numérisée ?

Jamais, depuis l’invention de l’imprimerie, le monde de l’information n’a connu une telle révolution économique et technologique. Jamais, depuis la Libération, les salariés de l’information, quels que soient leurs statuts, n’ont connu une telle mise en cause de leurs droits matériels et moraux. Jamais, la responsabilité sociale particulière des journalistes, protégée par la liberté statutaire d’informer, n’a été à ce point menacée. Jamais l’information n’a été, à ce point, systématiquement assimilée à la communication. L’expansion spectaculaire des moyens numériques de diffusion de l’information, et notamment de l’Internet, aurait pu représenter – et pourrait représenter encore – une occasion extraordinaire de démultiplier les capacités des journalistes de publier des informations toujours plus nombreuses, plus diverses et de meilleure actualité, grâce aux gains sans équivalent en vitesse et en souplesse de forme de cette matière première qui seule est précieuse entre toutes : l’information juste, vérifiée, pluraliste et socialement utile. Or, depuis une dizaine d’années, le « tournant numérique » pris par les éditeurs de presse, les uns après les autres, n’a généré qu’une marchandisation accrue de l’information, laquelle est ravalée au rang de produit d’appel à la vente de publicité. Un produit d’appel qui perd, du même coup, l’essentiel de sa qualité spécifique d’indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs. De même, l’association d’éditeurs de presse ou la fédération de plusieurs titres, dans l’objectif de mutualiser rationnellement leurs moyens d’investissement dans les champs nouveaux de l’impression de haute qualité et du réseau numérique, pouvait, et pourrait encore, être un formidable facteur d’enrichissement de l’offre éditoriale, au niveau national et dans toutes les régions. Or, sous la pression d’un nombre restreint d’investisseurs dont les motifs de maîtrise de la totalité du secteur de l’information (presse écrite, audiovisuel et Internet) sont clairement financiers et politiques, l’« association » vire, depuis quelques mois, à la pure et simple concentration supplémentaire des moyens éditoriaux autant qu’industriels de production de l’information. Nous avons tous constaté, lors des derniers mois, combien cette concentration de tous les vecteurs d’information du public permettait, en réalité, une uniformisation écrasante de la communication par les pouvoirs de plus en plus liés de la finance et de la politique.

La loi de la précarité absolue

Cette mainmise totale sur l’information forcément numérisée et concentrée brisera toutes les solidarités ! La presse « papier » et ses moyens industriels d’impression seront, d’ici à peu d’années, condamnés aux oubliettes de l’histoire, après l’avènement glorieux et, bientôt, le règne absolu du web. Alors, les centres éditoriaux ne seront plus que des bureaux (desks), enfin détachés de toute nécessité matérielle. Les producteurs d’information numérisée, ayant perdu leur statut de journaliste et, bien entendu, tout droit d’auteur, formeront des masses de travailleurs solitaires n’ayant, pour seuls interlocuteurs, que leurs écrans et des logiciels de mise en forme automatique de leurs textes et des images fixes ou animées réalisées par les porteurs anonymes de caméras numériques miniaturisées… Auront finalement disparu, dans ce vaste mouvement promis par les nouveaux maîtres de l’information (cf., entre autres, les nombreuses déclarations d’Arnaud Lagardère, depuis quelques mois), tous les métiers (imprimeur, photograveur, maquettiste, correcteur, secrétaire de rédaction, rédacteur et reporter…) qui font encore la richesse collective de l’oeuvre d’information. Qui, d’entre nous tous, ne pressent-il pas, honnêtement que sa qualification est désormais menacée, que son avenir professionnel n’a plus d’horizon, souvent, au-delà de quelques mois, que la perte brutale de son emploi n’est plus une éventualité absurde ? Cauchemar, fiction ? Non ! Il s’agit là du business-plan réel des nouveaux éditeurs issus des grandes man􀂰uvres ultralibérales : les Lagardère, Bouygues, Arnault, Bolloré & Cie. Et personne ne pourra dire qu’ils n’auront pas annoncé la couleur, de provocateur rapport Montaigne (août 2006) en incroyable rapport Lévy- Jouyet (L’Economie de l’immatériel : la croissance de demain, ministère de l’Economie, novembre 2006). Personne, pour autant, ne perçoit déjà le commencement d’une résistance organisée des salariés, hors les actions et négociations menées par INFO’COM-CGT et la FILPAC-CGT dans certains groupes de presse quotidienne et d’édition.

Construisons la force des nouvelles solidarités

Face à cette situation particulièrement inquiétante, où la liberté d’informer ainsi que la sécurité sociale et professionnelle sont conjointement battues en brèche, il nous paraît donc plus que jamais nécessaire et urgent de reconstruire une nouvelle force collective de défense des droits matériels et moraux de tous salariés du secteur de l’information. Partout où ces droits sont attaqués, les syndicalistes d’INFO’COM-CGT et de la FILPAC-CGT mènent le combat pour la défense de l’indépendance éditoriale des rédactions et pour la sauvegarde du pluralisme en tant que pilier de la démocratie, comme, tout dernièrement, aux Echos et à La Tribune, à Sud-Ouest et à La Dépêche du Midi, à L’Est Républicain et au Monde… Partout où de nombreux « ouvriers du Livre » ont intégré, du fait de leurs nouvelles compétences et qualifications, les rédactions, la lutte pour l’intégrité et le développement des titres est menée dans toutes ses dimensions. Elle suppose la modernisation constante des moyens industriels (impression, distribution), la sécurité sociale professionnelle pour lutter contre la précarité et le chômage, des formations permanentes de haut niveau et de nouvelles qualifications reconnues... Partout où INFO’COM-CGT et la FILPAC-CGT négocient et signent des accords, selon notre pratique du paritarisme de progrès, les salariés bénéficient de progressions professionnelles qui leur permettent de profiter des évolutions accélérées du secteur de l’information. Partout où nous sommes présents, nos élus et représentants portent d’autres projets que les pures et simples concentrations de titres, numérisation des contenus déjà publiés, marchandisation de la communication. Notre méthode : la négociation par le dialogue social civilisé. Notre force : le nombre et la solidarité contre le chacun pour soi. Ce véritable patrimoine syndical porte encore un grand espoir pour l’avenir, à condition d’être partagé par tous les salariés de la presse et par ceux des centres éditoriaux, en particulier. Les accords déjà signés dans de nombreux groupes de presse quotidienne font, par leurs contenus progressistes, la meilleure démonstration de la pertinence de notre démarche. Celle-ci suppose une authentique ouverture à tous, car nous avons la conviction que seul un syndicalisme de rassemblement, tournant définitivement le dos à tous les corporatismes, est aujourd’hui capable de faire vivre les nouvelles solidarités dont nous avons tous fondamentalement besoin. Construisons cette nouvelle force de défense et de progrès. Construisons-la tous ensemble !

Montreuil, le 28 juin 2007

FILPAC-CGT : www.filpac-cgt.fr

INFO’COM-CGT : www.cstp.net